(SVOD 1/7) L’arbre généalogique de la svod

A la fin de 2018 environ un milliard de personnes dans le monde vivaient dans un foyer abonné à un service généraliste de svod comme Netflix ou Amazon Prime. Pour beaucoup d’entre eux, et notamment pour les plus jeunes, l’existence de ces services est aussi naturelle et évidente que celle des chaînes de télévision. Pour d’autres plus âgés, c’est un nouvelle technologie « disruptive » surgie de nulle part et qui prend par surprise l’audiovisuel traditionnel. En réalité la svod est un produit de synthèse, longuement élaboré au cours d’une histoire qui s’étale sur quatre décennies. Pour qu’il paraisse naturel aujourd’hui de donner son numéro de carte bancaire à une société américaine pour pouvoir regarder des films et des séries livrées à domicile par Internet il a d’abord fallu des centaines de millions d’euros de recherche et développement : mettre au point des techniques de compression de la vidéo performantes, développer des serveurs gigantesques, améliorer les débits des liaisons pour le grand public, mettre au point des algorithmes de recommandation, des interfaces simples mais sophistiquées. Il a fallu également d’intenses efforts d’éducation non seulement auprès du grand public, pour accepter de payer pour de la vidéo, ou faire confiance à un abonnement sur Internet, mais aussi des efforts d’éducation des détenteurs de droits pour accepter de quitter ou de menacer leurs modèles d’affaires traditionnels. Tout cela a pris du temps, avec de nombreuses erreurs, impasses et retours en arrière, et plus d’échecs que de réussites.

 Cinq ancêtres ont contribué à former le patrimoine génétique des services de svod, mais comme certaines espèces animales cruelles le rejeton est en train de dévorer au moins quatre de ses parents.

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(SVOD 5/7) La stratégie des géants américains et celle des nains européens

Pour les investisseurs c’est entendu, les grands services de svod sont les nouveaux rois de l’audiovisuel, dont ils vont dominer l’économie. Et elle en a bien besoin cette économie puisque la situation des chaînes de télévisions est de plus en plus inquiétante[1] et que dans le cinéma presque tout le monde perd de l’argent, pour ne pas parler de la vidéo, moribonde. Le problème c’est que la svod ne va rien arranger, du moins à court terme. Jusqu’en 2018 en effet la quasi-totalité des services de svod étaient en déficit, en tout cas pour ceux qui publient leurs comptes. Ceux qui ne le font pas sont intégrés à des services plus grands et quand on interroge, sous le sceau du secret, un responsable financier d’Orange, de Canal+ ou de SFR par exemple, on comprend qu’il ne vaut mieux pas publier ces résultats. Il existe quelques exceptions, à commencer par Netflix, mais le tableau suivant montre qu’après 20 ans d’existence et une position de leader mondial la firme se contente d’un résultat net de 558 millions de dollars. Cela peut paraître beaucoup, mais si on rapporte cette somme au nombre d’abonnés (117 millions) cela donne une marge annuelle de 4,8 dollars par abonnés. Or, si le recrutement de chacun de ces abonnés a coûté 50 dollars (en fait c’est plus aujourd’hui), cela veut dire qu’il faut prier pour qu’ils restent au moins dix ans pour être rentable. En France, FilmoTV, filiale du groupe Wildbunch, est profitable depuis plusieurs années mais c’est une exception remarquable due à une gestion extrêmement serrée de ses coûts.

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(SVOD 6/7) Menaces


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Pour les consommateurs européens, aujourd’hui, le déploiement des offres américaines est une bonne nouvelle accueillie avec ferveur. On ne compte plus les blogs, les vidéos de fans sur Youtube, les messages sur les réseaux sociaux pour célébrer telle ou telle série, quand ce n’est pas directement Netflix, Amazon ou HBO qui font l’objet d’un culte. Le rôle de Cassandre ou de pisse-vinaigre pour décrire les nuages qui se cachent derrière cette « bonne nouvelle » n’est donc pas très confortable. Pourtant il est nécessaire d’expliquer que les grands services de svod ne se contentent pas de mettre à disposition à bon prix les œuvres, films et séries, telles qu’elles sont aujourd’hui. Elles les transforment aussi, modifient de manière peu visible mais profonde la façon dont elles sont produites. Netflix et Amazon, dans le monde entier, font des choix, mettent progressivement en avant certains programmes, en marginalisent d’autres. Elles le font gentiment, dans l’intérêt à court terme de leurs consommateurs, mais comprendre les enjeux de cette mutation c’est comprendre que la machine audiovisuelle européenne a changé de conducteur.

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La préhistoire des robots: punir, séduire, distraire, et pour finir, travailler

Pas de robots sans microprocesseur. Cela peut surprendre si on songe à l’ancienneté de l’idée du robot, mais pour qu’une machine fasse mieux que la machine de Jacquart, c’est-à-dire mieux que faire toujours la même chose, toujours de la même façon, donc fasse preuve d’un minimum d’autonomie il a fallu qu’elle comporte au moins un microprocesseur. D’une certaine façon les robots, les vrais, sont donc les enfants de la révolution numérique. Mais la réalisation de l’idée a été très largement anticipée par la fiction. On sait que les robots ont envahi depuis longtemps les écrans de cinéma. La liste de films de robots est devenu elle-même presque un genre et on en trouve facilement sur Internet certaines qui en proposent plus de cent titres. Cependant la réalité court vite elle aussi derrière la fiction: les robots de Boston Dynamics, la filiale de Google, les robots tueurs de l’armée américaine, les prodiges de l’intelligence artificielle d’AlphaGo (Google là aussi) ou le système chinois de crédit social ne rougissent pas devant le cinéma. Inquiétant, mais trouve-t-on un réconfort en retournant aux origines, à la préhistoire des robots?

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(SP 4/6) Une nouvelle alliance entre la télévision publique et le pouvoir politique.

Le problème principal dont souffrent les télévisions publiques européennes n’est pas la concurrence des chaînes commerciales, ni celle des nouveaux services numériques, ni les lourdeurs des corporatismes internes, mais principalement leur rapport à leur actionnaire. Pour redynamiser l’ensemble, c’est par là qu’il faudrait commencer.

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Les limites durables de la mesure de l’audience non-linéaire de la télévision et surtout des réseaux sociaux. Et les moyens de s’en accommoder.


Résumé :

Les vidéos à la demande (non-linéaire) ne seront probablement jamais mesurées de façon comparable à l’audience de la télévision de jadis. Pour cinq raisons :

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  • Des sources hétérogènes, dispersées, en nombre croissant
  • La prolifération des technologies de base
  • Des difficultés conceptuelles pour définir une vidéo vue
  • Deux zones grises importantes : les robots et les pirates
  • Le manque d’intérêt des publicitaires pour jouer leur rôle traditionnel de juge de paix.
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Le modèle économique des jeux vidéo, un colosse en péril à partir de 2007


Au sein des industries culturelles, auxquelles ils appartiennent désormais officiellement, les jeux vidéo ont développé un modèle économique original, mais aujourd’hui en profonde mutation. Telle sera la thèse proposée ici. L’originalité fera l’objet d’un premier développement, et la profondeur des mutations en cours sera exposée ensuite.

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A propos de la demande de cinéma

Bien qu’elle semble aller de soi, et même être rassasiée par des offres toujours plus nombreuses et moins coûteuses, la demande de cinéma est rarement interrogée. Vagues conjectures sur les “goûts” des individus, suppositions sur l’efficacité de la promotion assurée par les distributeurs, et constats parfois amers de l’imprévisibilité du public. Existe-t-elle d’ailleurs vraiment?

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