Chronologie des médias : attention danger !

A côté de la loi sur l’audiovisuel qui sera débattue en principe au printemps, à côté des décrets portant sur la publicité et la production indépendante, le gouvernement est engagé sur un troisième front, en apparence plus technique, mais au moins aussi important, celui de la chronologie des médias. En résumé : comment obliger Netflix à financer en France des films qu’il pourrait exploiter raisonnablement (c’est-à-dire vite après leur sortie) sans faire exploser un système dans lequel Canal+ reconsidère le bilan de ses avantages et de ses contraintes. Equation impossible?

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L’audiovisuel public européen, quel dommage !

Le 9 décembre 2019 risque de rester comme une date noire de l’histoire du secteur audiovisuel européen. Boris Johnson, à la fin de sa campagne électorale victorieuse, a en effet déclaré que la question du maintien du financement public de la BBC se posait désormais, reprenant en version plus hard une idée que sa secrétaire d’Etat à la culture, Nicky Morgan, avait déjà avancée en octobre : les autres entreprises de média se financent toutes seules, pourquoi ne pas imaginer un système d’abonnement à la Netflix pour la BBC? « The system of funding out of what is effectively a general tax bears reflection… how long can you justify a system whereby everybody who has a TV has to pay to fund a particular set of TV and radio channels, that is the question ”. Certes, compte tenu de l’image générale de Boris Johnson en Europe, un optimiste pourrait penser que cette idée est donc désormais grillée de ce côté-ci de la Manche, car l’appliquer serait faire du Boris Johnson. Hélas, autant les qualités de la BBC ont du mal à être imitées sur le continent, autant ce qui lui arrive de triste se duplique au contraire très facilement. Et l’idée de supprimer le financement public de la BBC fait écho à des évolutions qui incitent plutôt au pessimisme.

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Cinéma en salles : tout va très bien madame la marquise

The Irish Man n’est que sur Netflix, mais le cinéma doit être vu en salles. Le sujet, en France en particulier, jouit d’un consensus émouvant, et bruyant, allant des professionnels aux médias et des médias aux politiques. D’ailleurs la fréquentation se porte bien : cette année on devrait retrouver et peut-être dépasser le niveau de 2017 avec environ 210 millions d’entrées. Toutefois, cette belle stabilité cache en réalité de profondes évolutions souterraines. Et pas seulement en France.

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Disney+, Apple TV+, prix d’ami ou prix prédateurs ?

Soldes à tous les rayons! Disney a annoncé un prix de 6,99 $ pour son lancement en novembre aux Etats-Unis et la possibilité de s’abonner pour trois ans à 5 dollars par mois. Apple va proposer son service Apple TV+ à partir de novembre à 5$ par mois, mais les acheteurs d’un produit Apple (Iphone, Ipad, Mac, Apple TV, Watch) bénéficieront d’un an d’abonnement gratuit. Faut-il vraiment s’en réjouir?

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L’histoire mouvementée de Netflix (version de décembre 2019)

La première version de ce texte a été rédigée pendant l’été 2018. Depuis est paru en septembre 2019 l’ouvrage de Marc Randolph That Will Never Work qui raconte par le menu la genèse de Netflix. Mais sa lecture, bien que recommandée, ne me conduit pas à modifier la partie “origines ” du texte qui suit, partie qui était largement fondée sur le passionnant livre de Gina Keating, Netflixed.. Par ailleurs, en mai 2020 sortira un livre co-signé cette fois par Reed Hastings, intitulé No Rules Rules , on verra alors si des modifications sont nécessaires.

Avertissement aux lecteurs: il s’agit ici de l’histoire de Netflix, pas de son économie présente ou future. Les aspects tels que les investissements considérables dans les programmes et leur logique, les chances face à la concurrence de Disney par exemple, l’actualité de Netflix en 2019 et 2020 sont traités ailleurs sur ce site en plusieurs endroits.

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L’arbre généalogique de la svod

Dès la fin de 2018 environ un milliard de personnes dans le monde vivaient dans un foyer abonné à un service généraliste de svod comme Netflix ou Amazon Prime. Pour beaucoup d’entre eux, et notamment pour les plus jeunes, l’existence de ces services est aussi naturelle et évidente que celle des chaînes de télévision. Pour d’autres plus âgés, c’est un nouvelle technologie « disruptive » surgie de nulle part et qui prend par surprise l’audiovisuel traditionnel. En réalité la svod est un produit de synthèse, longuement élaboré au cours d’une histoire qui s’étale sur quatre décennies. Pour qu’il paraisse naturel aujourd’hui de donner son numéro de carte bancaire à une société américaine pour pouvoir regarder des films et des séries livrées à domicile par Internet il a d’abord fallu des centaines de millions d’euros de recherche et développement : mettre au point des techniques de compression de la vidéo performantes, développer des serveurs gigantesques, améliorer les débits des liaisons pour le grand public, mettre au point des algorithmes de recommandation, des interfaces simples mais sophistiquées. Il a fallu également d’intenses efforts d’éducation non seulement auprès du grand public, pour accepter de payer pour de la vidéo, ou faire confiance à un abonnement sur Internet, mais aussi des efforts d’éducation des détenteurs de droits pour accepter de quitter ou de menacer leurs modèles d’affaires traditionnels. Tout cela a pris du temps, avec de nombreuses erreurs, impasses et retours en arrière, et plus d’échecs que de réussites.

 Cinq ancêtres ont contribué à former le patrimoine génétique des services de svod, mais comme certaines espèces animales cruelles le rejeton est en train de dévorer au moins quatre de ses parents.

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Les box doivent-elles payer pour les chaînes ?

A la rentrée 2019, le conflit entre les chaines du groupe Altice et Free, puis Orange, s’est soldé par une victoire des deux derniers. L’affaire a souvent été présentée comme un combat (de coq ?) entre personnalités, Alain Weil contre Xavier Niel, puis Stéphane Richard. Mais c’est un peu dommage car il s’agit au contraire d’un conflit structurel, d’avant-garde, tapi au cœur du nouveau système audiovisuel, et qui est loin d’être réglé. Il s’agit surtout d’un problème très compliqué, sans doute le plus compliqué de tout le secteur. Si l’économie de l’audiovisuel était un sport de combat asiatique, notre affaire relèverait de la ceinture noire 9ème dan.

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