(SP 6/6) Fédérer les télévisions européennes : comment faire ?

Associer étroitement les télévisions publiques européennes suppose de respecter une première évidence : il faut partir des organisations actuelles et ne surtout pas créer une superstructure ni une nouvelle chaîne. La première idée qui vient à l’esprit est alors de s’appuyer sur l’Union Européenne de Radiodiffusion, l’UER. Vue de loin, et vu son nom, elle semble faite pour cela. Mais l’UER est à la fois une relique du passé et une admirable utopie. Sous le drapeau européen elle regroupe en effet 56 pays : l’Europe d’aujourd’hui, la plus grande partie de ce qui était autrefois l’URSS, et tous les pays riverains de la méditerranée, Liban, Israël, Egypte, Lybie et pays du Maghreb compris. L’Eurovision est un des rares domaines, et peut-être le seul où le suffixe Euro abrite Alger et Tel-Aviv, Moscou et Le Caire. Sa carte est à peu près l’addition de celles de l’empire romain dans sa plus grande extension, de l’empire ottoman et de l’empire russe. Par ailleurs ses 73 organisations membres ne sont pas toutes publiques : TF1, Canal+, ITV ou la CLT en font partie. Son siège est à Genève et ses services sont facturés en francs suisses. Malgré son nom, malgré le capital de sympathie du concours de l’Eurovision de la chanson, malgré la qualité de ses publications et son rôle de lobbying pour la défense des télévisions publiques, l’UER ne peut pas abriter et encore moins impulser un projet de nouvelle alliance entre les télévisions des Etats qui veulent approfondir l’Europe. Cette ambition ne concerne ni les pays du Moyen-Orient ou du Maghreb, ni la Russie et ne concerne plus le Royaume-Uni, tous membres de l’organisation.

Il serait plus judicieux d’imaginer un mouvement en deux temps. Un accord politique entre un petit nombre d’Etats autour d’un projet, dans une première étape et une gouvernance sous l’égide du parlement européen dans un second temps.

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Les limites durables de la mesure de l’audience non-linéaire de la télévision et surtout des réseaux sociaux. Et les moyens de s’en accommoder.


Résumé :

Les vidéos à la demande (non-linéaire) ne seront probablement jamais mesurées de façon comparable à l’audience de la télévision de jadis. Pour cinq raisons :

Résultat de recherche d'images pour "crook"
  • Des sources hétérogènes, dispersées, en nombre croissant
  • La prolifération des technologies de base
  • Des difficultés conceptuelles pour définir une vidéo vue
  • Deux zones grises importantes : les robots et les pirates
  • Le manque d’intérêt des publicitaires pour jouer leur rôle traditionnel de juge de paix.
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Le modèle économique des jeux vidéo, un colosse en péril à partir de 2007


Au sein des industries culturelles, auxquelles ils appartiennent désormais officiellement, les jeux vidéo ont développé un modèle économique original, mais aujourd’hui en profonde mutation. Telle sera la thèse proposée ici. L’originalité fera l’objet d’un premier développement, et la profondeur des mutations en cours sera exposée ensuite.

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A propos de la demande de cinéma

Bien qu’elle semble aller de soi, et même être rassasiée par des offres toujours plus nombreuses et moins coûteuses, la demande de cinéma est rarement interrogée. Vagues conjectures sur les “goûts” des individus, suppositions sur l’efficacité de la promotion assurée par les distributeurs, et constats parfois amers de l’imprévisibilité du public. Existe-t-elle d’ailleurs vraiment?

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Photographie numérique 1995-2006: un rare cas de véritable révolution.

(Ecrit en mars 2007, douze ans après le véritable début du numérique dans la photo, ce texte reste pour l’essentiel lisible en 2019, douze nouvelles années après. Cette version en propose une légère actualisation.

La photographie est la première contribution de l’ère industrielle au champ de la culture. La plus ancienne donc, mais aussi, longtemps, la plus populaire. Ainsi, quand apparaît le numérique, vers 1995, la photo trône sur 160 ans de succès commerciaux et de traditions profondément enracinées. Pourtant, en moins de dix ans, cette montagne va se fissurer, vaciller et se fondre dans les sables de l’histoire. Techniques, économie, pratiques individuelles et collectives, rien de restera intact. Aujourd’hui les cendres de l’explosion ne sont pas toutes retombées, mais il est déjà possible de discerner quelques grands traits du nouveau paysage. La plupart de ces évolutions sont positives au sens où elles élargissent et approfondissent les pratiques, mais certaines sont plus ambigües, notamment celles qui ont trait à la mémoire. Nous rappelons d’abord le contexte historique de cette mutation brutale, pour examiner ensuite la déformation des pratiques individuelles et collectives.

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Le trompe-l’oeil de l’User generated Content

article paru en 2008 sous le titre
“User Generated Contents : passade, retour aux sources ou révolution ?” dans l’ouvrage collectif Culture Web sous la direction de Xavier Greffe et Nathalie Sonnac ed Sirey-Dalloz

            L’éclatement de la bulle financière en 2000-2001 a été le point de départ d’une deuxième vague de développement de l’offre de services en ligne à destination du grand public. Souvent désignée sous le terme de « Web 2.0 » elle repose sur plusieurs innovations qui interagissent les unes avec les autres.  Il est cependant fréquent que l’on n’en retienne qu’une, celle des « user generated contents » que nous désignerons ici sous le terme français de « contenus auto-édités numériques» (CAEN)[1]. Le symbole le plus connu de cette deuxième vague est sans doute l’encyclopédie en ligne Wikipedia, créée en 2001 par l’américain Jimmy Wales, et qui repose sur l’idée d’articles écrits et corrigés par les utilisateurs de l’encyclopédie eux-mêmes. Mais une des caractéristiques les plus importantes de ce phénomène, et qui en rend l’appréhension parfois malaisée et source d’illusions, est justement son caractère multiforme. Quels contenus sont des CAEN ? Un article sur Saint-Augustin dans Wikipedia, comme une vidéo de beuverie sur Dailymotion. Un logiciel d’archivage de vidéothèque comme un hommage à Miles Davis par une école de jazz de Nice. Un blog d’économiste consacré à la mondialisation de l’agriculture, comme une série de photos de nus sur MySpace. D’un extrême à l’autre du sérieux, d’un extrême à l’autre de l’élaboration. Pourquoi alors recouvrir cet inventaire à la Prévert d’un terme unique ?

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Les avatars du multimédia : une bonne idée et un mot raté

Résumé : le mot multimédia possède plusieurs sens précis et un sens général très vague. Mais ce brouillard sémantique masque deux histoires exemplaires, emmêlées mais distinctes. Dans l’une « média » signifie « manière de coder l’information », alors que dans l’autre le mot recouvre des branches des industries de la communication.  La première est un cas exemplaire de pensée abstraite concrétisée, une bonne illustration de l’intérêt des recherches fondamentales théoriques. La seconde tradition, réincarnée dans le thème de la convergence au moment de la « bulle technologique », fournit un très bon exemple de l’autonomie de l’économie par rapport à la technologie. La première histoire est celle d’un succès, la seconde celle de deux vagues d’échecs.

Le futur multimédia vu par ATT en 1986
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La naissance des jeux vidéo

Quand les jeux vidéo sont-ils nés? Une question simple, mais la réponse ne l’est pas. Et cela pour une bonne raison : personne ne sait très bien où commence et où s’arrête le jeu vidéo. Un jeu sur téléphone portable, est-ce un jeu vidéo ? Et sur Gameboy ? Et les jeux sur le web : où s’arrêtent les petits jeux en Flash, et où commencent les vrais jeux on line ? Querelles d’experts ? Pas si sûr, car le problème devient carrément gênant quand on  remonte dans le temps. Et là, il ne s’agit plus seulement de l’amour des bonnes définitions pour les bonnes définitions mais, très tôt, d’une question très concrète de gros sous. Un tribunal américain fut ainsi saisi dès 1972 de la délicate définition de savoir ce qu’était un jeu vidéo, lorsque les avocats de Magnavox accusèrent Nolan Bushnell, le fondateur d’Atari, d’avoir copié leur idée.  « Pas du tout ! » rétorquèrent les avocats d’Atari, « et d’abord l’idée de Magnavox ce n’est pas Magnavox qui l’a eue, d’autres l’ont réalisée avant ». Et les juges de devoir se pencher sur la question de savoir où commence et où finit l’existence des jeux vidéo. On verra plus loin leur réponse.

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