The Irish Man n’est que sur Netflix, mais le cinéma doit être vu en salles. Le sujet, en France en particulier, jouit d’un consensus émouvant, et bruyant, allant des professionnels aux médias et des médias aux politiques. D’ailleurs la fréquentation se porte bien : cette année on devrait retrouver et peut-être dépasser le niveau de 2017 avec environ 210 millions d’entrées. Toutefois, cette belle stabilité cache en réalité de profondes évolutions souterraines. Et pas seulement en France.
L’adieu aux jeunes
Un spectre hante la télévision, celui du vieillissement. Le mal ronge la valeur en bourse des chaînes privées et donne aux politiques des envies de réformes de l’audiovisuel public. L’incendie prend de l’ampleur. Quelles sont les chances des pompiers de le maîtriser?
Disney+, Apple TV+, prix d’ami ou prix prédateurs ?
Soldes à tous les rayons! Disney a annoncé un prix de 6,99 $ pour son lancement en novembre aux Etats-Unis et la possibilité de s’abonner pour trois ans à 5 dollars par mois. Apple va proposer son service Apple TV+ à partir de novembre à 5$ par mois, mais les acheteurs d’un produit Apple (Iphone, Ipad, Mac, Apple TV, Watch) bénéficieront d’un an d’abonnement gratuit. Faut-il vraiment s’en réjouir?
L’histoire mouvementée de Netflix (version de septembre 2020)
La première version de ce texte a été rédigée pendant l’été 2018. Depuis, la bibliographie sur Netflix a proliféré. En particulier est paru en septembre 2019 l’ouvrage de Marc Randolph That Will Never Work qui raconte par le menu la genèse de Netflix. Mais sa lecture, bien que recommandée, ne me conduit pas à modifier … Lire la suite
L’arbre généalogique de la svod
Dès la fin de 2018 environ un milliard de personnes dans le monde vivaient dans un foyer abonné à un service généraliste de svod comme Netflix ou Amazon Prime. Pour beaucoup d’entre eux, et notamment pour les plus jeunes, l’existence de ces services est aussi naturelle et évidente que celle des chaînes de télévision. Pour d’autres plus âgés, c’est un nouvelle technologie « disruptive » surgie de nulle part et qui prend par surprise l’audiovisuel traditionnel. En réalité la svod est un produit de synthèse, longuement élaboré au cours d’une histoire qui s’étale sur quatre décennies. Pour qu’il paraisse naturel aujourd’hui de donner son numéro de carte bancaire à une société américaine pour pouvoir regarder des films et des séries livrées à domicile par Internet il a d’abord fallu des centaines de millions d’euros de recherche et développement : mettre au point des techniques de compression de la vidéo performantes, développer des serveurs gigantesques, améliorer les débits des liaisons pour le grand public, mettre au point des algorithmes de recommandation, des interfaces simples mais sophistiquées. Il a fallu également d’intenses efforts d’éducation non seulement auprès du grand public, pour accepter de payer pour de la vidéo, ou faire confiance à un abonnement sur Internet, mais aussi des efforts d’éducation des détenteurs de droits pour accepter de quitter ou de menacer leurs modèles d’affaires traditionnels. Tout cela a pris du temps, avec de nombreuses erreurs, impasses et retours en arrière, et plus d’échecs que de réussites.
Cinq ancêtres ont contribué à former le patrimoine génétique des services de svod, mais comme certaines espèces animales cruelles le rejeton est en train de dévorer au moins quatre de ses parents.
Les box doivent-elles payer pour les chaînes ?
A la rentrée 2019, le conflit entre les chaines du groupe Altice et Free, puis Orange, s’est soldé par une victoire des deux derniers. L’affaire a souvent été présentée comme un combat (de coq ?) entre personnalités, Alain Weil contre Xavier Niel, puis Stéphane Richard. Mais c’est un peu dommage car il s’agit au contraire d’un conflit structurel, d’avant-garde, tapi au cœur du nouveau système audiovisuel, et qui est loin d’être réglé. Il s’agit surtout d’un problème très compliqué, sans doute le plus compliqué de tout le secteur. Si l’économie de l’audiovisuel était un sport de combat asiatique, notre affaire relèverait de la ceinture noire 9ème dan.
Réforme de l’audiovisuel: the long and winding road
Quitte à jouer les rabats-joie, on peut parier que ceux qui espèrent assister dans les mois qui viennent à un « big bang » de l’audiovisuel français précédé d’un bon débat public seront forcément déçus.
Rationalité de la production de films français
Trop de films? Pas assez d’argent? Et si c’était l’inverse?
Jusqu’où la svod peut-elle grimper ?
Le marché de la svod français a doublé en 2018, principalement évidemment au bénéfice de Netflix qui semble avoir dépassé les 5 millions d’abonnés. Marc Le Roy sur son compte Twitter Droit du cinéma propose un intéressant calcul en partant du fait que si aux Etats-Unis 70% des foyers ont souscrit à deux abonnements svod, cela pourrait correspondre un jour à 42 millions d’abonnements en France. La question est d’importance, non seulement pour imaginer ce qui peut se passer quand Disney/Fox, Warner et peut-être Comcast/Universal débarqueront eux aussi sur le marché français, mais aussi pour les chances d’une éventuelle offre française ou, espérons-le, européenne. Et pour les paramètres nécessaires d’une régulation nationale dans le cadre de la directive SMA. Bref quelle place reste-t-il pour d’autres que Netflix et quelle contribution la svod pourra-t-elle apporter à la production de programmes français ?