Production audiovisuelle, le calme avant la révolution ?

L’audiovisuel dans son ensemble vit une période de bouleversements technologiques et économiques qui en distordent les équilibres : internationalisation très rapide, irruption d’entreprises technologiques, mutation des habitudes de consommation, stagnation globale des ressources. Pourtant la production de programmes qui en constitue le cœur du point de vue éditorial semble à l’abri de la tempête, en tout cas ses éventuels soubresauts ne défraient pas la chronique. Sagesse des femmes et des hommes de contenus regardant placidement passer les « révolutions » chez leurs clients tout en sachant qu’à la fin ils vont ramasser la mise ? Ou bien inconscience d’un domaine protégé par une forteresse réglementaire le gardant à l’abri, pour l’instant, des violences du marché ? Probablement les derniers instants d’un éco-système mis en place dans les années quatre-vingt et qui doit et qui peut se transformer en profondeur.

(version actualisée en juillet 2019 d’un article paru en mars: incorporation des données 2018, de certains commentaires ou réponse à des commentaires, nouvelle conclusion )

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La crise de la pub n’est pas drôle

L’apparition de supports publicitaires en ligne à partir de 1998 a eu des effets dévastateurs sur l’organisation du marché publicitaire. Et par contre-coup sur toute l’économie des médias et pour finir sur la démocratie. L’ensemble de ces supports, d’abord marginaux, n’a mis qu’une douzaine d’année pour constituer dans la plupart des pays développés le premier segment du marché publicitaire, devant la télévision. Les conséquences de cette transformation ne sont pas toutes heureuses et ses causes ne sont pas toutes justes.

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L’Empereur de Netflixie en visite sur ses terres fédérées

Selon Les Echos, l’empereur audiovisuel Reed Hastings, en visite sur ses terres fédérées de Gaule le 6 février dernier, a eu l’élégance de convier
quelques hiérarques locaux à diner au restaurant  Rostang (menu à partir de 90 euros): le patron d’Orange, celui du Monde, le directeur des programmes de TF1 et quelques autres. Les convives se sont réjoui d’apprendre qu’avec 5 millions d’abonnés en Gaule, le service de l’Empereur dépassait désormais le service Gaule +, ce dernier ayant d’ailleurs perdu plus de 200000 abonnés en 2018. La part d’audience de l’Empereur sur le marché gaulois semble également être du double de celle de Gaule +. Mais l’audience n’est pas vraiment une priorité impériale. Une des convives ayant évoqué le projet gaulois Salto, il semblerait que la tablée ait beaucoup ri.

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L’audience de la télévision : et si on la mesurait autrement ?

Depuis plus de cinquante ans l’audience de la télévision est décrite toujours avec les deux mêmes notions, le share et le rating, soit la part d’audience et le nombre moyen de téléspectateurs. La montée en puissance de Netflix et de YouTube, en passe de devenir les leaders du temps passé devant les écrans doit être l’occasion de dépoussiérer ces concepts.

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Le retour du capitaine Cyber

Le préfixe cyber est un vieux de la vieille, un bourlingueur à la peau dure. Dans la deuxième moitié des années quatre-vingt-dix il se la pétait, il était synonyme de modernité, recouvrant l’ensemble du domaine qu’on appelle aujourd’hui le numérique ou, déjà plus, les nouvelles technologies. Hélas, cette gloire a fait naufrage au large du cap de l’an 2000, peut-être coulée par le flop du bug du même nom, peut-être engloutie dans l’éclatement de la bulle internet. Alors, enseveli dans les abysses du lexique, le vieux capitaine cyber ? Et bien non, car on ne se débarrasse pas comme ça d’un mot de cette trempe.

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Le blues de la télévision commerciale.

Les groupes de télévisions commerciales européens sont apparus dans les années quatre-vingt. A l’exception d’ITV, chaîne britannique créée en 1955, mais sous une forme bien différente cependant de sa structure actuelle. Typiques des “eighties” avec leur voisine la publicité, elles ont incarné la modernité des deux dernières décennies du XX° siècle, avec les paillettes des émissions populaires et la puissance politique de leur audience. En Allemagne, RTL, Sat1 et Pro 7, en France TF1 et M6, en Italie Canale 5, Rete 4 et Italia 1 les chaînes de Médiaset de Silvio Berlusconi, en Espagne Antena 3 du groupe Atresmedia ont rejoint ITV. Ces sept groupes sont tous côtés sur les marchés financiers des cinq grands pays européens. Et tous boudés.

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La croissance souterraine de l’audience des médias audiovisuels étrangers en France

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Pendant longtemps la France est restée un container étanche à l’audiovisuel étranger. Plus que dans n’importe quel autre marché, si on prend le problème par le bout économique, et plus que dans n’importe quelle autre industrie culturelle, la télévision est restée nationale, à l’abri de la mondialisation, en tout cas en ce qui concerne les entreprises. Certes il y a toujours eu des séries et des films américains en grand nombre sur les écrans français, mais ils étaient diffusés en français par des diffuseurs français. La télévision étrangère n’était qu’une bizarrerie régionale réservée à quelques frontaliers, dont les études montraient qu’elle n’obtenait qu’une audience confinée dans la marge d’erreurs statistique, sauf de temps en temps pour un matche de football non retransmis par les chaînes nationales. La diffusion était très majoritairement hertzienne et la loi empêche en France qu’une fréquence soit attribuée à une chaîne détenue à plus de 20% par une entreprise extra-communautaire. Sur le câble et le satellite pourtant des chaînes étrangères, parquées dans des numéros de chaînes à trois chiffres, étaient présentes depuis longtemps mais sans succès.

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(SVOD 2/7) L’histoire mouvementée de Netflix

Il y a d’abord la légende, proposée au départ par Reed Hastings, le président de Netflix, dans une interview de 2009 au magazine Fortune, et reprise depuis par les services de relations publiques de la firme. Hastings aurait décidé de fonder Netflix en rentrant de vacances et en découvrant qu’il devait payer une pénalité de 40 dollars auprès du loueur de cassettes chez qui il avait loué le film Apollo XIII mais qu’il n’avait pas rendu à temps. Furieux, il aurait imaginé qu’il y avait de la place pour un système moins punitif dans lequel le client pourrait garder les films aussi longtemps qu’il le voulait, avec comme seule sanction de ne pas pouvoir en louer d’autres tant que le matériel n’avait pas été restitué. Cette « fiction utile » comme la qualifia plus tard un des fondateurs était destinée à présenter une histoire avec un méchant, un « gros », en fait Blockbuster, à l’époque une énorme entreprise et leader mondial de la location de vidéo. Netflix devait apparaître comme l’underdog, le petit malin sous-estimé qui triomphe des empires établis, David contre Goliath. Et en effet, en Europe en tout cas, l’irruption de Netflix en 2012 au Royaume-Uni puis en 2014 en France et en Allemagne a été précédée d’une campagne de presse gratuite présentant l’entreprise comme le dernier joyau issu de la Silicon Valley, un exemple spectaculaire de l’ère des start-ups parties de rien et qui renversent tout. Mais Netflix est connue des journalistes américains comme attachant une extrême attention à sa politique de communication, verrouillant toute information, et guidant les journalistes en visite d’une manière qui évoque une Corée du Nord qui aurait des palmiers.

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