L’histoire mouvementée de Netflix (version de décembre 2019)

La première version de ce texte a été rédigée pendant l’été 2018. Depuis est paru en septembre 2019 l’ouvrage de Marc Randolph That Will Never Work qui raconte par le menu la genèse de Netflix. Mais sa lecture, bien que recommandée, ne me conduit pas à modifier la partie “origines ” du texte qui suit, partie qui était largement fondée sur le passionnant livre de Gina Keating, Netflixed.. Par ailleurs, en mai 2020 sortira un livre co-signé cette fois par Reed Hastings, intitulé No Rules Rules , on verra alors si des modifications sont nécessaires.

Avertissement aux lecteurs: il s’agit ici de l’histoire de Netflix, pas de son économie présente ou future. Les aspects tels que les investissements considérables dans les programmes et leur logique, les chances face à la concurrence de Disney par exemple, l’actualité de Netflix en 2019 et 2020 sont traités ailleurs sur ce site en plusieurs endroits.

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L’arbre généalogique de la svod

Dès la fin de 2018 environ un milliard de personnes dans le monde vivaient dans un foyer abonné à un service généraliste de svod comme Netflix ou Amazon Prime. Pour beaucoup d’entre eux, et notamment pour les plus jeunes, l’existence de ces services est aussi naturelle et évidente que celle des chaînes de télévision. Pour d’autres plus âgés, c’est un nouvelle technologie « disruptive » surgie de nulle part et qui prend par surprise l’audiovisuel traditionnel. En réalité la svod est un produit de synthèse, longuement élaboré au cours d’une histoire qui s’étale sur quatre décennies. Pour qu’il paraisse naturel aujourd’hui de donner son numéro de carte bancaire à une société américaine pour pouvoir regarder des films et des séries livrées à domicile par Internet il a d’abord fallu des centaines de millions d’euros de recherche et développement : mettre au point des techniques de compression de la vidéo performantes, développer des serveurs gigantesques, améliorer les débits des liaisons pour le grand public, mettre au point des algorithmes de recommandation, des interfaces simples mais sophistiquées. Il a fallu également d’intenses efforts d’éducation non seulement auprès du grand public, pour accepter de payer pour de la vidéo, ou faire confiance à un abonnement sur Internet, mais aussi des efforts d’éducation des détenteurs de droits pour accepter de quitter ou de menacer leurs modèles d’affaires traditionnels. Tout cela a pris du temps, avec de nombreuses erreurs, impasses et retours en arrière, et plus d’échecs que de réussites.

 Cinq ancêtres ont contribué à former le patrimoine génétique des services de svod, mais comme certaines espèces animales cruelles le rejeton est en train de dévorer au moins quatre de ses parents.

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Les box doivent-elles payer pour les chaînes ?

A la rentrée 2019, le conflit entre les chaines du groupe Altice et Free, puis Orange, s’est soldé par une victoire des deux derniers. L’affaire a souvent été présentée comme un combat (de coq ?) entre personnalités, Alain Weil contre Xavier Niel, puis Stéphane Richard. Mais c’est un peu dommage car il s’agit au contraire d’un conflit structurel, d’avant-garde, tapi au cœur du nouveau système audiovisuel, et qui est loin d’être réglé. Il s’agit surtout d’un problème très compliqué, sans doute le plus compliqué de tout le secteur. Si l’économie de l’audiovisuel était un sport de combat asiatique, notre affaire relèverait de la ceinture noire 9ème dan.

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Jusqu’où la svod peut-elle grimper ?

Le marché de la svod français a doublé en 2018, principalement évidemment au bénéfice de Netflix qui semble avoir dépassé les 5 millions d’abonnés. Marc Le Roy sur son compte Twitter Droit du cinéma propose un intéressant calcul en partant du fait que si aux Etats-Unis 70% des foyers ont souscrit à deux abonnements svod, cela pourrait correspondre un jour à 42 millions d’abonnements en France. La question est d’importance, non seulement pour imaginer ce qui peut se passer quand Disney/Fox, Warner et peut-être Comcast/Universal débarqueront eux aussi sur le marché français, mais aussi pour les chances d’une éventuelle offre française ou, espérons-le, européenne. Et pour les paramètres nécessaires d’une régulation nationale dans le cadre de la directive SMA. Bref quelle place reste-t-il pour d’autres que Netflix et quelle contribution la svod pourra-t-elle apporter à la production de programmes français ?

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L’audiovisuel, combien de divisions ?

Le site Diplomeo recense en France 450 formations aux métiers de l’audiovisuel et 288 au journalisme. C’est beaucoup trop, et on va voir que, même si chacune de ces formations n’accueillait que 10 étudiants, la moitié ne trouveraient surement pas de travail. La faute en revient sans doute à une récurrente et grossière surestimation de la taille du domaine.

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