Le Waterloo de la svod française

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La fin de Salto venant après la vente d’OCS par Orange laisse un paysage français de la svod désolé. Pour un pays qui a été longtemps  à la pointe du combat pour l’exception culturelle, qui affirme avoir inventé le cinéma, qui a inventé Canal+ et construit un arsenal réglementaire audiovisuel et cinématographique parfois admiré à l’étranger, le constat est humiliant : la part de marché des entreprises américaines est la plus élevée parmi les grands pays d’Europe dans un secteur souvent présenté comme l’avenir de l’audiovisuel. Comment en est-on arrivé là ? Est-ce définitif ?

1 : Le constat

Dans l’Europe audiovisuelle règne un grand flou statistique, malgré les efforts de l’Observatoire Européen. Le secret des affaires règne et on en est réduit à des statistiques détournées, partielles, pour prendre la mesure de l’évolution des marchés. Parfois des données de chiffre d’affaires sont fournies mais elles sont agrégées par pays ou par types d’acteurs et d’une propreté douteuse. Le hors taxes se mélange joyeusement avec le toutes taxes comprises. De multiples sociétés mesurent ce qu’elles appellent l’audience de la svod sans qu’on sache ce que ce terme recouvre (le nombre d’abonnés, le temps passé, l’audience de la partie payante ou bien en incluant les consommations gratuites ?). On est loin de la relative clarté des données sur le cinéma ou la télévision gratuite. Bien malin qui peut s’y retrouver.

Pourtant il existe une constante dans tous ces résultats : partout, dans l’Europe des 27 comme au Royaume-Uni, les trois services américains Netflix, Amazon et Disney sont très largement en tête avec, peut-être, une exception scandinave, celle de Viaplay, mais Viaplay n’est pas un « pure player » de la svod et il est bien possible que les données flatteuses le concernant n’agrègent pas d’autres composantes que la svod.

L’Observatoire Européen de l’Audiovisuel a publié en janvier 2021 sous la signature de Christian Grèce l’imposant rapport Trends in the VOD market in EU28 qui ne semble pas avoir été actualisé depuis deux ans, mais qui permet de fixer les idées

Les services américains obtenaient donc 88% des abonnés et 84% du chiffre d’affaires du secteur en 2020, pour l’ensemble de l’Europe.

Pour la France, bizarrement, il est difficile de construite la même donnée. Les principaux services sont bien obligés dans le cadre de l’application de la directive SMA de fournir leur chiffre d’affaires à l’ARCOM, mais ce chiffre reste protégé par le secret des affaires. Le CNC a publié plus récemment, en janvier 2023 les résultats de son Observatoire de la vidéo à la demande.  Le chiffre d’affaires global de la svod en France est estimé à 1,726 milliard d’euros ttc en 2022. Sur ce total, la part des opérateurs français n’est pas facile à évaluer précisément. L’offre française en 2023 avec la disparition de Salto et, de facto, d’OCS ne comporte plus que quatre composantes :

  • Canal Plus séries est la plus importante, mais elle est en réalité une composante de l’offre multiforme de Canal+, il est donc difficile d’en évaluer le poids.
  • Les deux historiques Filmo (Wild Bunch) et Universciné (Metropolitan/Caisse des Dépôts) lancées respectivement en 2008 et 2007. Les deux proposent également de la VOD à l’acte, leur chiffre d’affaires ne provient donc pas exclusivement de la svod et ne cumulent probablement pas plus de 200.000 abonnés payants à elles deux.
  • Une série de services indépendants thématiques, comme Shadows (films de genre), Tenk (documentaires) ou La Cinetek (films de patrimoine), dont le nombre total d’abonnés payants est inférieur à 150.000 abonnés en comptant les 45000 abonnés de Madelen.
  • Les services payants lancés soit par des chaînes de télévision (Tfoumax, TF1max, 6playmax) soit par des sociétés de cinéma (Gaumont Classique, MK2 curiosity premium). Tfoumax affirme avoir conquis près de 800.000 abonnés, mais il n‘est pas évident qu’il s’agisse du nombre d’abonnés payants permanents. Toutes ces offres sont proposées à des tarifs très bas entre 3 et 5 euros ttc.

Le total du chiffre d’affaires de ces quatre composantes est sans doute inférieur à 100 millions d’euros, soit environ 6% du marché. En gros deux fois moins que la moyenne européenne, elle-même regrettablement basse. Quand bien même cette évaluation (risquée) serait trop pessimiste et si on arrivait à rejoindre la moyenne européenne (il faudrait un chiffre d’affaires de 276 millions, peu probable), cela resterait une situation décevante, pour deux raisons:

  • La France a toujours fait figure de bastion de l’indépendance par rapport aux sociétés américaines dans les « anciens » domaines de l’audiovisuel. En salles les films français ont une part de marché de 40%. Dans la télévision les sociétés américaines filiales de Disney, Paramount ou Warner n’ont qu’une part d’audience négligeable, contrairement à ce qui se passe en Grande-Bretagne, en Italie, en Allemagne ou en Espagne. La svod est une première mais grave défaite de l’exception française.
  • Dans les autres grands pays européens la domination américaine est également évidente mais il existe une offre nationale significative. Soit issue des télécoms (Magenta en Allemagne filiale de Deustche Telekom est parfois présentée comme le quatrième service de svod allemand par le nombre d’utilisateurs, pas loin de Disney), mais aussi Timvision en Italy ou Movistar+ en Espagne) soit des groupes de télévision (Britbox au Royaume-Uni, Mitele+ en Espagne, Mediaset Infinity en Italie, RTL+ et Joyn en Allemagne). La Belgique flamande, la Scandinavie, la Croatie ou la Suisse disposent également d’une offre de svod locale non négligeable.

Comment avons-nous pu échouer à ce point-là ?

2 : Les causes de l’échec

Quatre acteurs ont joué un rôle dans ce désastre, à des titres différents, avec par ordre de culpabilité croissante : les pouvoirs publics, les groupes audiovisuels privés, les fournisseurs d’accès à Internet et l’Autorité de la Concurrence.

Les pouvoirs publics avaient pourtant bien commencé. Sous l’impulsion de Véronique Cayla, sa présidente de l’époque, le CNC crée dès 2008 une extension de l’aide sélective à la vidéo pour intégrer la vidéo à la demande. Il faut rappeler qu’à l’époque ni Netflix ni Amazon n’ont démarré leur service aux Etats-Unis et encore moins en Europe. Les aides sont modestes, de l‘ordre de 200.000 à 400.000 euros, et vont surtout bénéficier aux deux services qui se lancent à la même époque, Universciné et FilmoTV, mais elles arrivent au bon moment et sont d’ailleurs complétées par des aides plus substantielles, de l’ordre de 500.000 euros par le programme Media de la Commission Européenne. Plus tard on s’apercevra que les montants nécessaires au succès d’une plateforme généraliste sont de plusieurs dizaines puis plusieurs centaines de millions d’euros, mais à l’époque le domaine débute et les aides sont en proportion raisonnable face à la taille du marché à court terme. Le problème c’est qu’en 2023 le même mécanisme d’aide subsiste, avec les même montants. Cela reste appréciable pour de tout petits services, mais plus pour des stratégies industrielles. Il est vrai que ce n’est pas le rôle du CNC de se substituer aux banques ou aux investisseurs privés.

Par la suite l’Etat a surtout montré une parfaite indifférence à la question. C’est dans les années 2010-2014 qu’un minium de pensée prospective aurait pu conduire à une action prenant le relai de l’initiative du CNC. L’excellent rapport Lescure de 2013 portant sur l’ensemble du champ culturel comportait parmi ses 80 recommandations un certain nombre de pistes qu’il aurait été utile de suivre. Mais il n’en fut rien et on chercherait en vain les suites du rapport . A partir de 2017 le nouveau gouvernement a surtout considéré la svod comme une « nouvelle technologie » destinée « aux jeunes ». Tout ce qui aurait ressemblé au protectionnisme, tout ce qui aurait freiné le déploiement du « numérique » était renvoyé au purgatoire des corporatisme, du vieux monde, de l’éclairage à la bougie. Au contraire Reed Hastings, le patron de Netflix, eut ses entrées à l’Elysée. Imagine-t-on François Mitterrand recevant le patron de Disney pour aménager la réglementation française du cinéma ?

Les groupes audiovisuels privés ont été, disons, longs à la détente. Canal+, dans sa période Méheut, aurait pu tuer le match, au moins pour le cinéma, dès 2009 ou 2010 en proposant une extension à la demande de l’abonnement à la chaîne principale ou au moins à Ciné+. Le groupe avait d’ailleurs été un des pionniers de la VOD à l’acte en s’y lançant dès 2005. Mais plusieurs raisons vont la conduire à procrastiner : la peur de cannibaliser son produit principal d’abord, puis la crainte – justifiée, nous y reviendrons – d’un véto de l’Autorité de la Concurrence (ADLC). A l’époque en effet Canal+ sort à peine de l’absorption de TPS (2008) opération qui a été autorisée mais au prix de contraintes qu’elle ne respectera d’ailleurs pas, en tout cas pas aux yeux de l’ADLC qui ira jusqu’à annuler l’autorisation de fusion en 2011. Canal+ lance cependant en novembre 2011 son service Canalplay Infinity, d’abord chez SFR qui appartient encore à l’époque au groupe Vivendi, puis chez Free qui à l’occasion supprime son propre service Free Home Video.  Mais, dès le mois de juillet 2012, l’ADLC va envoyer une torpille sous la ligne de flottaison du projet (voir plus bas).

Un autre groupe aurait pu jouer un rôle de leader du secteur à la fin des années 2000, le groupe TF1 qui dispose à cette époque d’une excellente filiale, TF1vidéo, qui s’est lancée dès 2005 dans la vidéo à l’acte. Les responsables de la filiale proposent à Nonce Paolini de lancer un service par abonnement mais le PDG n’y croit pas. Par la suite les équipes de TF1vidéo vont essaimer dans le secteur, vers Wildside (Manuel Chiche), Metropolitan (Céine Poinas) ou le conseil (Pascal Lechevalier), mais TF1 restera jusqu’en 2020 un acteur mineur du secteur.

Les initiatives de M6, de France Télévision ou d’Arte resteront cantonnées à la VOD à l’acte ou au replay gratuit des programmes de la chaîne. Sous l’impulsion de Delphine Ernotte qui avait fait de la svod un de ses thèmes principaux lors de sa candidature au poste de PDG de France Télévisions en 2015, il faudra attendre 2018, soit dix ans après les débuts de la svod, pour que l’annonce par M6, TF1 et FranceTV de Salto fasse entrer ces trois acteurs, provisoirement, dans le domaine.

A l’exception de WildBunch qui lance FilmoTV en 2008, les groupes de cinéma resteront à l’écart de la svod jusqu’en 2020 (MK2 Curiosity) et 2022 (Gaumont Classiques).

Les fournisseurs d’accès à Internet portent une plus lourde responsabilité dans l’échec français dans la svod. La remarquable invention de la box triple play par Free en 2004 va être ensuite imitée progressivement par les trois autres, Orange, SFR et Bouygues. S’installe alors un modèle unique au monde où quatre opérateurs de télécoms se font concurrence non seulement pour le téléphone et l’accès internet mais aussi pour la fourniture de services audiovisuels intégrés. Ce dernier adjectif mérite que l’on s’y arrête. On aurait pu imaginer que les FAI soient neutres et distribuent la totalité des chaînes existantes produites par d’autres. Mais ce n’est pas ce qui va se passer. Poursuivant le modèle de l’intégration « contenus-contenants » qui avait déjà fait beaucoup de dégâts par le passé, certains FAI vont vouloir devenir acteurs à part entière de l’audiovisuel. SFR et Orange se lancent dans l’acquisition de droits sportifs et lancent des chaînes propriétaires, c’est-à-dire uniquement distribuées sur leurs box. Elles y perdront 1 milliard d‘euros. Les mêmes se lancent également dans le cinéma. SFR arrêtera vite l’aventure mais Orange créera OCS et Orange Studio dont la facture dépassera les 500 millions de pertes, avant de vendre l’activité à Canal+. Dans ce contexte chacun développe son propre service de VOD à l’acte, mais aussi se lance sporadiquement, à l’exception de Bouygues, dans des services par abonnement. Mais pas question de distribuer le service des autres. Ce qui fait qu’aucun de ces services ne peut disposer d’un marketing ou d’une visibilité nationale puisque captif du parc d’abonné d’un des FAI. Passons sur le fait qu’en outre, chez Orange et SFR le parc de box est très hétérogène et que les services ne sont pas accessibles pour tous les abonnés. Mais au moment de l’essor potentiel de la svod cette situation va avoir un effet de paralysie du domaine. Comme collectivement les FAI ont le monopole de l’accès à Internet (au début des années 2010 95% du trafic vod et svod passe par les box) , il n’y a pas de modèle viable pour un service sans passer par tous les opérateurs. Qui prélèvent au passage une marge de distribution de l’ordre de 30% des recettes. Et qui par ailleurs sont pour certains en conflit d’intérêt avec leur propre service qu’ils promeuvent évidemment avec beaucoup plus d’ardeur que celle dévolue aux indépendants.

Les FAI auraient pu s’allier pour bâtir ensemble un service français de svod. Cela leur aurait coûté moins d’argent que de se disperser en offres propriétaires. Les pouvoirs publics auraient pu les y inciter. Et d’ailleurs on peut toujours rêver et penser qu’il n’est pas trop tard. Mais ce serait sans doute bloqué par l’Autorité de la concurrence.

L’Autorité de la Concurrence est intervenue deux fois pour gêner considérablement le déploiement d’une offre française de svod. La première fois, en 2012, au sujet de Canalplay. Le document de l’ADLC est remarquable par ailleurs dans sa description exhaustive du secteur audiovisuel. Il conclut en interdisant à Canal+ d’acheter des droits liant le passage à l’antenne, la VOD et la svod et en interdisant au service de proposer des exclusivités. En particulier le catalogue de StudioCanal doit être accessible à tous les concurrents.

Mais ce qui frappe ce sont surtout deux erreurs d’appréciation de l’évolution de la concurrence, ce qui est tout de même dommage s’agissant du cœur même de la légitimité  de l’ADLC.

  • Au point 290 du document on peut lire : Les parties notifiantes soulignent cependant le très fort potentiel de croissance de la vidéo à la demande par abonnement et estiment que TF1 ainsi que des acteurs puissants de l’internet comme Google, Apple (iTunes), Facebook, Dailymotion, Netflix (qui compte 23 millions d’abonnés aux Etats-Unis) et Amazon devraient prochainement lancer des offres en ligne en France.
  • Au point 301 : L’étude de l’IDATE précitée, remise au CSA en juin 2011, précise ainsi qu’« un service comme celui de Netflix serait bien entendu impossible à opérer en France où la chronologie des médias fixe à 36 mois à compter de la date de sortie en salles le délai à partir duquel un film peut être exploité sur un service de médias audiovisuel à la demande ».

Outre le fait que ces deux points sont en contradiction, il faut noter que TF1 n’est pas entrée dans le secteur, mais qu’en revanche Netflix est apparue en France quelques mois après la publication de l’avis de l’ADLC. Il est vrai que ce document a été rédigé dans un contexte de conflit aigu entre Canal+ et l’ADLC au sujet des suites du rachat de TPS, contexte qui n’était sans doute pas propice à une réflexion prospective sereine.

Canal+, après le remplacement de Bernard Méheut par Vincent Bolloré, a considéré que les contraintes imposées à Canalplay interdisaient son succès et a donc fermé le service quelques années plus tard.

Quelques vicissitudes plus tard, en août 2019 le service Salto à été autorisé par l’ADLC mais lesté de contraintes extraordinairement détaillées dans un document de 90 pages. Le point 537 résume de manière éloquente l’esprit de ces contraintes : Les engagements destinés à écarter tout risque de coordination entre Salto et ses Mères, ou entre les Mères, sont souscrits pendant toute la durée de l’entreprise commune. En effet, un tel risque, inhérent à la structure juridique de l’opération, subsistera tant que la structure actionnariale de Salto sera maintenue en l’état.

Le document est par certains égards extravagant, mais parmi des dizaines de contraintes courtelinesques on peut signaler celle-ci au point 514 : L’Engagement E15 permet d’éviter que Salto ne puisse bénéficier de l’exposition offerte par les antennes linéaires de ses Mères pour développer sa position sur le marché de la distribution de télévision payante, linéaire et non linéaire.

En résumé Salto ne pouvait pas bénéficier de la promotion par ses actionnaires, ne pouvait en aucun cas se coordonner avec eux, ne pouvait pas leur communiquer d’informations ni bénéficier d’accès privilégié à leurs programmes. Salto ensuite n’aura duré qu’un peu plus de deux ans.

Successivement Canal+, TF1, M6 et France Télévisions ont ainsi été découragées. Au profit de qui?

Conclusion :

Le résultat de la volonté de protéger la concurrence a donc été qu’il n’y a plus de concurrence du tout entre opérateurs Français, faute de combattants, au grand profit des sociétés américaines qui ont conquis 94% du marché. Notre situation, anormale et disons-le un peu ridicule en Europe, est-elle irréversible ? Aux pouvoirs publics, aux FAI et à l’Autorité de la Concurrence de répondre.

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15 réflexions au sujet de “Le Waterloo de la svod française”

  1. Argumentaire fascinant et par certains aspects imparable.
    Mais l’absence d’un champion français de la svod n’est-elle pas aussi liée à la piètre qualité/attractivité (à l’exception de quelques perles) des séries en France ? Les plateformes ont décollé grace aux séries. C’est pour elles que le public s’abonne en masse, pas pour le cinéma.

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  2. La position très spécifique de Canal+, qui est aujourd’hui clairement une plate-forme de SVOD, avec un abonnement plus cher que tous les autres et une sacrée antériorité, n’explique-t-elle pas aussi le désastre ?

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    • Cher Aurélien,

      Je ne pense pas que l’on puisse considérer Canal+ comme une offre de svod même s’il y a bien un socle commercial commun c’est-à-dire l’abonnement payant (mensuel en général) pour accéder à des programmes audiovisuels. Mais les différences l’emportent :

      – la structure de coûts de programmes est très différente. Canal+ par exemple consacre près de 60% de son coût de grille à du sport. Alors que le flux et le live sont marginaux en svod.
      – La structure des coûts techniques est très différente car les payTV, contrairement aux services de svod, ne sont pas disponibles uniquement sur Internet. L’herztien et le satellite coûtent cher.
      – La durée des droits est elle aussi très différente. Les pay TV conservent une colonne vertébrale de linéaire. Les droits sont courts, de l’ordre de six mois, dans une fenêtre bornée. Il y a bien un replay des payTV mais c’est le replay au mieux des six derniers mois. En svod les droits sont longs, parfois même très longs comme sur Netflix ou Disney. Les unes sont du flux, même si c’est un flux ralenti par le replay, les autres sont du stock, même si c’est un stock renouvelé par les nouveautés.
      – La consommation des payTV fait une large place au live, à cause du sport mais pas uniquement car il y a une grille. Certains consommateurs trouvent que c’est une contrainte dont la svod les libère mais d’autres au contraire apprécient les rendez-vous.
      – le régime juridique en France comme en Europe est différent. Certes ça peut changer mais en attendant la fiscalité, les quotas de diffusion, les obligations de production sont significativement différentes.

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      • Cher Alain, merci de votre réponse, je vois bien les différences, quoique mon abonnement au Pass Ligue 1 d’Amazon me coûte cher et montre la montée du live sur les plateformes. Mais au-delà de ces différences, y a-t-il un autre pays où une pay TV précurseur, plus coûteuse que les plateformes, possède à la fois antériorité et semi-monopole ?

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  3. Est-ce que l’idée d’Aurélien n’était pas plutôt de dire que la position unique de Canal+ en France n’incitait pas du tout la France à créer autre chose d’important ? Et que si de petites choses ont été tentées ici ou là, fondamentalement le modèle français pour le cinéma est resté le modèle Canal, d’où le désastre pour le reste.

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    • C’est vrai que la position de Canal+ surtout en ce qui concerne l’accès aux films frais français rendait l’espace pour un service français plus étroit que dans d’autres pays européens. Cela étant les mesures imposées à Canal+ par l’ADLC, dès la fusion avec TPS (2006), obligeaient celle-ci à donner accès au catalogue de StudioCanal dans des conditions acceptables. Le marché des films n’était pas vraiment verrouillé. Par ailleurs l’accès aux séries, essentiel pour la svod, n’était pas du tout verrouillé. Enfin la situation française est certes originale en Europe mais il reste à remarquer que les télécoms notamment, à l’étranger, parviennent à maintenir des offres qui tiennent le coup, en Allemagne, Grande-Bretagne, Suisse, Belgique, Espagne, Italie. La position de Canal+ a parfois bon dos pour expliquer, et excuser, les défaillances industrielles de ses concurrents.

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  4. Cher Monsieur,

    Merci pour cet article franchement intéressant.

    On peut en déduire une appréciation sur les erreurs stratégiques des groupes audiovisuels privés et des FAI, d’une part, et sur l’absence de vision des pouvoirs publics et de l’ADLC, d’autre part.

    Vous concluez “Le résultat de la volonté de protéger la concurrence a donc été qu’il n’y a plus de concurrence du tout entre opérateurs Français, faute de combattants, au grand profit des sociétés américaines […]” ; au même titre que TF1 et M6 dont l’ambition, par une fusion, était d’apporter une réponse française aux plateformes américaines. Mais n’est-ce pas omettre la différence essentielle entre la taille des marchés américain et français ?

    On peut regretter le déficit de compétitivité de la SVOD française, mais même en envisageant que la fusion TF1-M6 ait eu lieu ou qu’il se produirait une alliance des FAI sans contrainte, quel serait le poids d’une super plateforme de SVOD française face à des acteurs comme Netflix ou Amazon Prime dont les moyens sont sans commune mesure ? Il semble que le gain de compétitivité serait moindre comparé aux éventuels effets qui en résulterait : situation de monopole ; mutualisation des coûts et licenciements ; hausse des prix… De ce point de vue, on peut comprendre les réticences de l’ADLC.

    Dans son pays, Netflix est elle-même soumise à une forte concurrence et si elle venait à prendre des décisions anticoncurrentielles, on peut imaginer une intervention de la Federal Trade Commission ou de la Commission européenne contre Netflix.

    Ainsi, on peut considérer que le rôle des autorités de la concurrence est de préserver la concurrence sur un territoire donné entre des opérateurs domestiques ; à cet égard que la série de décisions que vous évoquez n’a eu qu’un effet indirect sur l’hégémonie des plateformes américaines aujourd’hui en France ; que cet hégémonie résulte plutôt d’une meilleure capacité à se déployer mondialement que les opérateurs français ?

    Comme solution, on peut penser à l’élaboration d’un champion européen de la SVOD, je crois que c’est néanmoins méconnaître les disparités de politique de l’audiovisuel entre pays européens.

    Sans vouloir dire qu’il est impossible de concurrencer les GAFAM en matière de SVOD (quoique), l’enjeu n’est-il pas plutôt celui des spécificités de l’audiovisuel français ? de sa place ? et de sa consolidation ?

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    • Une offre française de svod, même parfaitement réussie, ne pourrait pas concurrencer sur le marché mondial des entreprises comme Netflix, Amazon ou Disney, c’est évident. Cependant le marché mondial, dans la plupart des pays développés d’une certaine taille, articule la concurrence des grands Américains avec une offre locale. Cette offre locale connaît un succès plus ou moins grand, mais c’est en France qu’il est le plus petit. C’était mon point: m’interroger non pas dans l’absolu sur le marché de la svod (j’y ai consacré plusieurs articles) mais pour essayer de comprendre comment, dans une démarche comparative, la France qui dans les autres formes d’audiovisuel a toujours su conserver une place plus élevée qu’ailleurs n’avait pas su la conserver dans ce nouveau domaine. En d’autres termes il y a sans doute une part de marché “soutenable” pour les acteurs locaux en Europe de l’ordre de 15 à 20%. Pourquoi sommes-nous, en France, à seulement 6%?

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  5. Vous oubliez dans votre article la plateforme ADN (Animation Digital Network) qui se consacre à l’animation. Totalisant à date 315000 abonnés, la plateforme continue d’exister sans vraiment recevoir d’attention comme dans votre article :/

    Pourtant, une des spécificités de l’audiovisuel français réside également dans sa production d’animation de qualité qui voyage à travers le monde (Arcane étant le dernier exemple en date). Soutenir une plateforme qui tente de favoriser cet écosystème de l’animation, voilà à mon sens, une belle piste à explorer pour faire perdurer et rayonner le savoir-faire français audiovisuel.

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    • En effet je n’ai pas pu citer tous les services français de svod, et le votre est bien un acteur important dans le domaine de l’anime. Mais sans sous-estimer vos efforts pour quelques programmes français il me semble qu’ADN est essentiellement consacré à des programmes étrangers, sans doute encore un peu loin des objectifs de la directive SMA en matière d’offre de programmes européens. Mais je me trompe peut-être

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  6. Article très complet, où on a le sentiment qu’on finit par payer l’indécision entre :
    – la préservation bien française, des équilibres ciselés par les réglementations tatillonnes des médias (Canal, la chronologie des médias, la régulation de la distribution, les remèdes aux regroupements d’acteurs),
    – une ambition de préserver une filière française très centrée sur le cinéma et finalement peu sensibles aux autres contenus audiovisuels
    – et la retranscription en droit français, de la volonté européenne de ne pas fausser le jeu de la libre concurrence, qui en matière culturelle, montre bien souvent que c’est le libre jeu du renard dans le poulailler.

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  7. Je viens de tomber sur une de vos interventions dans télé dimanche de 1994 où vous envisagiez des compétitions de F1 avec les pilotes chez eux dans des autos virtuelles )

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  8. Merci pour cet article très clair et pertinent.
    Deux questions:
    – compte-tenu de la place croissante que semble être amenée à prendre l’AVOD, est-ce que des acteurs comme TF1 pourraient avoir une deuxième chance, dans la mesure ou le business model est peut-être plus proche de celui qu’ils connaissent (minus la collecte et valorisation de données)
    – est-ce que en cas de concentration des acteurs mondiaux (pas impossible), des opportunités de sessions de filiales nationales demandées par les autorités de la concurrence pourraient permettre à des acteurs nationaux de reprendre la main?
    Merci.

    Guillaume

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    • L’AVOD a bien quelques points communs technologiques avec la SVOD mais économiquement et stratégiquement c’est très différent. Il s’agit de la rediffusion de programmes et non de production de programmes originaux, le fer de lance des grands service de svod. C’est en effet très proche du métier de la télévision commerciale. Mais l’AVOD existe depuis bien longtemps sur YouTube ou sur les services de replay des chaînes, y compris publiques. Ce ne sera pas une “deuxième chance” mais un complément de revenu, déjà largement entamé.

      Pour le deuxième point, tout est possible bien sûr mais il serait très étonnant, à court et moyen terme, qu’un tel scénario se produise.

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