YouTube et le service public, ou le Renard et la Cigogne

YouTube est désormais la première offre de programmes audiovisuels culturels et éducatifs. Quand Google sera démantelé, quand les méthodes de recommandation et de filtrage de la plateforme seront contrôlées publiquement, il faudra se demander quelle place faire à YouTube au sein du service public audiovisuel du XXIème siècle. La première?

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L’audience de la télévision : et si on la mesurait autrement ?

Depuis plus de cinquante ans l’audience de la télévision est décrite toujours avec les deux mêmes notions, le share et le rating, soit la part d’audience et le nombre moyen de téléspectateurs. La montée en puissance de Netflix et de YouTube, en passe de devenir les leaders du temps passé devant les écrans doit être l’occasion de dépoussiérer ces concepts.

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(SP 1/6) Le Game of Thrones de la télévision publique européenne

Un spectre hante la forteresse de la télévision publique européenne depuis plus de trente ans, celui de la réforme. Les assaillants sont au nombre de dix, montant à l’assaut du château parfois seuls, parfois groupés. Mais la forteresse est défendue par quatre chevaliers eux-mêmes puissants, même si pas toujours loyaux. L’issue du combat est depuis longtemps incertaine, la forteresse se rétrécit, mais l’équilibre se maintient grâce à la rotation rapide des titulaires du trône. Examinons le casting :

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(SP 2/6) Le public de la télévision publique : nouvelles frontières et combats perdus

Normalement la question du public de la télévision publique ne devrait pas se poser, puisqu’elle est censée s’adresser à tous sans distinction d’âge, de sexe ou de niveau social. Sans distinction du tout. Et d’ailleurs la plus ancienne et la plus célèbre des définitions de ses missions, « informer, éduquer et divertir » ne fait pas mention d’une quelconque « cible ». Pourtant cette formule du premier directeur général de la BBC, John Reith, a fait long feu. Elle date de 1927, et doit son exceptionnelle longévité, de près d’un siècle, à sa grande et accueillante généralité. Notamment dans son troisième terme, « divertir », qui ouvre la porte en principe à tous les genres. En France une personnalité comme Hervé Bourges, dans ces différents postes (TF1, France Télévisions, CSA) imposera la formule « Télévision populaire et de qualité ». Formule qui pour ne pas être précise, en dit pourtant beaucoup plus.  C’est que la formule de Reith était énoncée dans un cadre, celui du broadcasting de monopole, qui n’était déjà plus celui des années quatre-vingt. Quand Hervé Bourges utilise cette formule, l’enjeu est de souligner la différence avec les télévisions commerciales (on est à l’époque de l’essor de celles de Berlusconi) et donc de justifier le maintien voire le développement d’une offre alternative. Le service public doit proposer ce que le marché ne fournit pas. La différence avec les chaînes commerciales est à chercher dans cette « qualité » de l’offre, tout en conservant l’objectif de rester « populaire ». C’est le discours constant de la BBC. Mais point ici d’évocation de « cibles » ou de structure socio-démographique du public.

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(SP 3/6) Quelle place pour la télévision dans un monde numérique ?

La télévision a soixante-dix ans. Elle est apparue comme média accessible vers 1946, quelques années plus tard en Europe. On peut partager ces trois quarts de siècle en deux périodes. Pendant la première moitié de son existence, trente-cinq ans, jusqu’environ 1981, soit une génération, la télévision est passée de 0% de foyers équipés à presque 100%. Mais pendant cette période le nombre de chaînes a très peu augmenté, notamment en Europe. Ce qui veut dire que petit à petit, une émission quelconque a vu son audience grandir considérablement, jusqu’à représenter dans les grands pays européens, plusieurs dizaines de millions de personnes au début des années quatre-vingt. Tous les jours. Quel que soit le genre de programmes. Et le lendemain, dans les cours de récréation, les repas de midi, les cantines et les bureaux, les programmes acquéraient une deuxième vie, aussi importante que la première, celle des conversations. La télévision a été le premier, et reste le plus grand, média social. Et c’est dans cette période qu’elle s’est forgé une représentation de son public, des personnes à qui elle s‘adressait, qu’elle conserve encore même si le monde a bien changé. Ce public n’était pas la foule du théâtre ou du concert. Ni celle de la salle de cinéma. La télé s’adressait aux familles, au cœur de leur vie de famille. Pas aux individus directement, mais à un collectif privé, celui du foyer. Mais qui élargissait son cercle dès le lendemain. Et c’est dans ce moule que les genres de programmes, les architectures des grilles de programmes, les grandes lois de l’économie de la production des émissions ont été coulées.

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(SP 4/6) Une nouvelle alliance entre la télévision publique et le pouvoir politique.

Le problème principal dont souffrent les télévisions publiques européennes n’est pas la concurrence des chaînes commerciales, ni celle des nouveaux services numériques, ni les lourdeurs des corporatismes internes, mais principalement leur rapport à leur actionnaire. Pour redynamiser l’ensemble, c’est par là qu’il faudrait commencer.

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(SP 5/6) Pourquoi faut-il encore des programmes « commerciaux » sur le service public ?

La déploration de la présence d’émissions de divertissement sur les principales chaînes publiques est un « marronnier » de la presse conservatrice européenne qui ressort de sa boîte à chaque perspective d’une réforme de l’audiovisuel public. En Allemagne les quotidiens du groupe Springer (Bild, Die Welt) ne ratent jamais une occasion de s’indigner de la diffusion de krimis (séries policières) ou de grandes compétitions sportives sur les antennes de la ZDF ou de l’ARD. Au Royaume-Uni c’est la presse Murdoch (The Sun, The Times) qui s’en charge et en France le Figaro publiait par exemple[1] un dossier s’insurgeant notamment contre le trop grand nombre d’émissions de jeux sur France 2. Un personnel politique notoirement faible consommateur de télévision prête volontiers une oreille complaisante à cette ânerie.

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(SP 6/6) Fédérer les télévisions européennes : comment faire ?

Associer étroitement les télévisions publiques européennes suppose de respecter une première évidence : il faut partir des organisations actuelles et ne surtout pas créer une superstructure ni une nouvelle chaîne. La première idée qui vient à l’esprit est alors de s’appuyer sur l’Union Européenne de Radiodiffusion, l’UER. Vue de loin, et vu son nom, elle semble faite pour cela. Mais l’UER est à la fois une relique du passé et une admirable utopie. Sous le drapeau européen elle regroupe en effet 56 pays : l’Europe d’aujourd’hui, la plus grande partie de ce qui était autrefois l’URSS, et tous les pays riverains de la méditerranée, Liban, Israël, Egypte, Lybie et pays du Maghreb compris. L’Eurovision est un des rares domaines, et peut-être le seul où le suffixe Euro abrite Alger et Tel-Aviv, Moscou et Le Caire. Sa carte est à peu près l’addition de celles de l’empire romain dans sa plus grande extension, de l’empire ottoman et de l’empire russe. Par ailleurs ses 73 organisations membres ne sont pas toutes publiques : TF1, Canal+, ITV ou la CLT en font partie. Son siège est à Genève et ses services sont facturés en francs suisses. Malgré son nom, malgré le capital de sympathie du concours de l’Eurovision de la chanson, malgré la qualité de ses publications et son rôle de lobbying pour la défense des télévisions publiques, l’UER ne peut pas abriter et encore moins impulser un projet de nouvelle alliance entre les télévisions des Etats qui veulent approfondir l’Europe. Cette ambition ne concerne ni les pays du Moyen-Orient ou du Maghreb, ni la Russie et ne concerne plus le Royaume-Uni, tous membres de l’organisation.

Il serait plus judicieux d’imaginer un mouvement en deux temps. Un accord politique entre un petit nombre d’Etats autour d’un projet, dans une première étape et une gouvernance sous l’égide du parlement européen dans un second temps.

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